La face cachée des profits boursiers en Europe

Les entreprises européennes sont-elles vraiment à la traîne face aux américaines ? Derrière l’apparente faiblesse des bénéfices agrégés du Vieux Continent, les chiffres racontent une histoire bien plus nuancée.

Une question de méthode plus que de performance
On lit souvent que les profits des groupes européens déçoivent, comparés à ceux du S&P 500. En 2025, les bénéfices agrégés du Stoxx 600 sont attendus en baisse de 1,7 %, tandis que ceux des grandes entreprises américaines grimperaient de 7,3 %. Un écart qui semble accablant… sauf quand on change d’angle.
Car tout dépend de la manière dont on mesure la croissance des BPA (bénéfices par action). Moyenne pondérée selon la capitalisation boursière ? Moyenne simple ? Médiane ? La méthode choisie change tout, surtout quand quelques géants pèsent lourd dans l’indice.
 

Ainsi, si l’on considère des indices équipondérés, la croissance des bénéfices tourne autour de +4 % dans les deux zones. Et si l’on analyse les médianes, l’Europe surclasse même les États-Unis. La différence ne vient donc pas de la performance moyenne, mais de la concentration des profits. Les 10 premières capitalisations américaines tirent mécaniquement vers le haut l’ensemble du S&P 500.
« L’entreprise européenne médiane n’a pas de problème de profitabilité. Ce sont surtout les mégacaps américaines qui biaisent la comparaison », note François-Xavier Chauchat, économiste et membre du comité d’investissement chez Dorval AM.

Change, révisions, exposition : les vrais coupables
Faut-il pour autant minimiser les difficultés ? Pas totalement. Les révisions des analystes divergent fortement : aux États-Unis, elles restent globalement haussières, portées par la résilience économique ; en Europe, elles virent nettement au rouge. Un signe de fragilité conjoncturelle ? Peut-être, mais ce n’est pas toute l’histoire.
 

Le taux de change joue aussi un rôle important. La baisse du dollar face à l’euro impacte mécaniquement les groupes exportateurs européens, dont une large part du chiffre d’affaires est libellée en devise américaine. Selon Morgan Stanley, 47 % des grandes entreprises européennes bénéficient de l’euro fort, tandis que 39 % en souffrent — un rapport qui s’inverse si l’on pondère par la taille : les plus grandes valeurs (luxe, santé, énergie) sont les plus pénalisées.
 

Autre facteur : l’exposition internationale. Les entreprises européennes sont en moyenne plus tournées vers l’export que leurs homologues américaines ou asiatiques. Ce qui les rend plus sensibles aux mouvements de devises, mais aussi aux cycles mondiaux et aux chocs de demande.
 

Pour protéger leurs portefeuilles, les gérants optent de plus en plus pour une surpondération des valeurs domestiques, notamment dans la finance ou les infrastructures, qui profitent des baisses de taux de la BCE et des plans de relance allemands.
 

Il est trop simpliste de dire que l’Europe est à la traîne. C’est une illusion statistique, entretenue par les poids lourds du S&P 500 et les effets de change. L’investisseur avisé doit regarder au-delà des moyennes.
 


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